Coupe du Monde 2018 - Bleus : Antoine Griezmann, la star sans ego

Star de l’équipe de France depuis deux ans, Antoine Griezmann est moins en vue qu’à l’Euro depuis le début de la Coupe du Monde. Mais c’est aussi parce que l’attaquant tricolore a accepté de changer de rôle en Russie, quitte à laisser la lumière à d’autres. Une star sans ego, en somme.

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Baladez-vous un peu partout dans le monde. Demandez aux gens que vous croisez qui sont les meilleurs joueurs de la planète. Ronaldo, Messi, Neymar, oui. Mais après, le nom de Griezmann complétera forcément votre top 5. En l’espace de quelques années, à l’Atlético Madrid et en équipe de France, le Mâconnais a changé de dimension et s’est imposé comme l’une des stars de son sport, grâce à ses performances et aussi à sa bonne gueule. Mais dans l’état d’esprit, rien ne le rapproche des autres joueurs cités. Car lui n’a pas d’ego. Ou alors pas beaucoup. Et c’est un vrai cadeau pour Didier Deschamps. Le sélectionneur peut le remplacer en cours de match quand il est moins bien, et peut aussi lui demander de fournir un très gros travail défensif que d’autres joueurs de sa renommée n’envisageraient jamais de faire.

Pogba : « Peu d’attaquants seraient capables de faire ce sacrifice »

En Russie, Antoine Griezmann marque peu : trois buts, dont deux sur penalty. On lui reproche, à raison, d’avoir une influence plus limitée sur le jeu de l’équipe de France. Mais quand il a fallu fermer le verrou à double tour, comme contre l’Uruguay et contre la Belgique, le Madrilène a été très précieux. « Il fait un gros travail dans cette Coupe du Monde, très peu d’attaquants seraient capables de faire ce sacrifice. Mais lui, ça lui fait plaisir, explique son ami Paul Pogba. Et il arrive quand même à être décisif. C’est le Grizou qu’on aime et qu’on veut voir. » Le principal intéressé tourne le sujet à la dérision : « En étant meilleur buteur on a perdu (ndlr : à l’Euro), donc je me suis dit que j’allais essayer de mettre moins de buts pour voir si on gagnait, sourit-il. Mon rôle change, j’essaye de gérer les temps forts, quand faut-il garder le ballon, quand faut-il accélérer ? Si je marque tant mieux, mais je suis un joueur qui pense d’abord à l’équipe », explique Antoine Griezmann.

Griezmann : « Je sais que ça peut changer ma vie »

Ce trait de personnalité, c’est la patte Diego Simeone. Les années passées au contact de l’entraîneur argentin à l’Atlético Madrid ont changé la vision du football de l’attaquant français durablement. Et lui essaye d’entraîner avec lui tout le groupe. « Je pense que si Kylian (Mbappé) et Olivier (Giroud) me voient redescendre, ils vont se dire ‘pourquoi pas moi ?’. On pense juste aux coéquipiers, on fait les efforts tous ensemble. C’est le style de jeu que je connais en club. » Quand les matchs sont fermés et que les Bleus passent leur temps à défendre, comme mardi contre la Belgique, lui prend son pied. « Je m’en fous que ce soit moche, je veux juste l’étoile », répète-t-il avec fermeté. Cette étoile après laquelle il court depuis quatre ans et cette élimination en quart de finale du Mondial 2014 qui lui avait valu quelques chaudes larmes sur son visage encore juvénile. « Je sais que ça peut changer beaucoup de choses dans ma vie. Mais on ne pense pas trop à dimanche soir ou à lundi. »

Pogba : « J’espère qu’il marquera en finale »

On lui répète, aussi, qu’en 1998, Zinédine Zidane avait eu une compétition laborieuse avant de marcher sur l’eau en finale. « Grizou ça rime avec Zizou, s’amuse d’ailleurs Paul Pogba. Grizou pour l’instant, c’est un grand, Zidane c’est une légende. Tous les Français l’aiment, il est marrant, et j’espère qu’il pourra marquer dans cette finale. Mais il sera déjà content si on la gagne. » L’attaquant de l’Atlético Madrid ne rentre pas dans ce débat, et répond seulement qu’il préfère qu’on l’appelle « Grizzi ». Avant de retrouver ses coéquipiers à Clairefontaine, fin mai, Antoine Griezmann a d’ailleurs remporté la Ligue Europa avec son club en brillant en finale. « Cela fait du bien de gagner une finale. Je restais sur deux défaites. J’avais fait un gros match alors j’espère que ce sera pareil dimanche, que je pourrai prendre le jeu à mon compte et l’amener là où je veux. » Et alors la France sera championne du monde. Et on pourra parler de Ballon d’Or à Antoine Griezmann. Ah non, ça ne l’intéresse pas plus que ça…