Coupe du Monde 2018 - Angleterre : La vraie star des Three Lions, c’est Gareth Southgate

Toute l’Angleterre est tombée en pamoison devant Gareth Southgate, la vraie star de l’Angleterre, qualifiée pour les demi-finales de la Coupe du Monde après 28 ans d’attente. La concrétisation d’une révolution de deux ans qui a tout bouleversé.

« Ils n’ont pas grosses stars dans l’équipe ». L’entreprise de démystification signée Andrej Kramaric n’est pas si vaine. Le buteur croate oublie certainement Harry Kane ou Dele Alli, qui pourraient correspondre à la description, mais l’Angleterre ne regorge pas de talents hors-normes. Sa vraie star, c’est Gareth Southgate. Tout le monde au Royaume ne parle que du sélectionneur des Three Lions avant la demi-finale de Coupe du Monde contre les Vatreni ce mercredi (20h00). Les marques se sont emparés de son look dans le plus pur style britannique, avec waistcoat (gilet), chemise bleu et cravate club. Une pétition a été lancée pour lui bâtir une statue à Crawley, là où il a grandi et où ses parents vivent encore. Symbole ultime d’acceptation dans la culture foot anglaise, Southgate a maintenant un chant à sa gloire, sur l’air de « Whole Again » des Atomic Kitten. A force de désillusions en pagaille depuis le début des années 90, les fans des Three Lions n’osaient plus croire en leur équipe. Il a fallu une révolution menée en moins de deux ans pour leur rendre la fierté égarée.

L’Angleterre a touché le fond avant de creuser

Et pourtant, le révolutionnaire avait lui-même failli à la patrie en 1996, quand son tir au but raté avait précipité la défaite de l’Angleterre contre l’Allemagne en demi-finale d’un Euro qu’elle jouait à domicile (1-1, 5-6 TAB). Le début d’une lente descente aux enfers du football de sélection outre-Manche, entre malédiction des tirs au but, mélodrame avec les WAG, potentiel sous-exploité d’une génération dorée et erreurs de casting, étrangères ou locales, pour le poste de sélectionneur. L’Angleterre avait touché le fond avec une élimination dès le premier tour de la Coupe du Monde 2014 puis une défaite honteuse contre l’Islande en 8emes de finale à l’Euro 2016 (1-2). Elle avait néanmoins continué de creuser son propre tombeau avec l’affaire Sam Allardyce, éphémère sélectionneur débarqué en urgence pour avoir proposé en caméra cachée de contourner les règles de sa Fédération. C’est ainsi que Southgate a hérité sans y être programmé de la fonction la plus exposée d’Angleterre, après la Reine et la Première ministre.

Rooney : « Il y a des milliards de personnes qui regardent ça »

Ses références comme entraîneur ne séduisaient pas grand-monde, avec trois ans à Middlesbrough sanctionnés d’une relégation en Championship. Mais son travail au sein de la Fédération anglaise parlait pour lui. L’ancien défenseur central y avait dirigé une cellule de développement, avant de s’occuper des jeunes et de prendre en charge les Espoirs anglais, avec des résultats probants à la clé. Southgate savait exactement dans quoi il s’engageait, et avec qui. Il a donné un coup de jeune au groupe en se privant volontairement de James Milner ou de Wayne Rooney, capitaine en 2016 qui se réjouit de la réussite actuelle des Three Lions. « Ce qu’ils font est fantastique. (…) C’est génial. Vous voyez l’ambiance au pays. Il y a des milliards de personnes qui regardent ça. » Le nouveau joueur de DC United exagère à peine, tant le Royaume vit désormais au rythme de l’épopée de son équipe. Ce n’était pas gagné d’avance, le jeu proposé par la bande à Southgate pendant la campagne de qualification n’emballant personne et le ticket pour le Mondial étant composté au bout d’un match insipide contre la Slovénie (1-0).

Southgate : « On veut montrer que l’Angleterre peut évoluer d’une façon différente »

L’essentiel acquis, le natif de Watford est passé à une nouvelle étape de son plan de reconstruction, de sa révolution lente et planifiée. Il a profité du temps à sa disposition jusqu’au début du tournoi pour installer définitivement son 3-5-2, déjà testé de façon sporadique. Il s’est aussi inspiré de tout ce qu’ont amené tactiquement les divers entraîneurs étrangers à avoir investi les bancs de Premier League, à commencer par Pep Guardiola, en mettant derrière lui le « kick and rush » pour un style de jeu plus posé. « On veut montrer aux gens que l’Angleterre peut évoluer d’une façon différente, soufflait le sélectionneur anglais. On a des joueurs techniques. On veut qu’ils gardent la balle, s’expriment avec. » Southgate a ouvert ses horizons en trouvant des sources d’inspiration dans d’autres disciplines, comme le rugby, en recrutant un coach mental et un « motivateur » pour soigner les têtes de ses joueurs, marqués par des décennies d’échecs de leurs aînés en sélection. Il a aussi profité d’un voyage aux Etats-Unis en début d’année pour prendre ce qu’il y avait d’applicable au football dans les sports US.

La NBA pour aider sur les coups de pied arrêtés

En assistant au Super Bowl, il y a apprécié les relations entre les joueurs et les médias à l’approche de l’événement d’un jour le plus suivi au monde. « Le Super Bowl semble très ouvert, détendu. Il semble y avoir beaucoup plus de respect entre les gens », avait-il expliqué. Cette proximité lui a probablement inspiré la nouvelle attitude adoptée vis-à-vis des journalistes, avec une ouverture quasi-totale du groupe et un tournoi de fléchettes pour prendre le contre-pied de la tension ambiante en 2016. D’un match de NBA à Minnesota entre les Timberwolves et les Pelicans, Southgate a tiré des enseignements pour mieux négocier les coups de pied arrêtés. Il s’est inspiré des systèmes en sortie de temps mort et des écrans pour rendre l’Angleterre létale dans l’exercice. Elle avait inscrit 4 buts sur les corners et coups-francs indirects sur ses trois dernières Coupes du Monde, elle en est déjà à 5 dans cette édition. Quoi qu’il se passe désormais en Russie, la révolution Southgate est réussie. Et ses effets n’ont pas certainement fini de se faire ressentir.