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JEUX OLYMPIQUES DE LONDRES 2012 : L’Afrique sur le chemin de l’excellence

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Depuis la victoire de l’Ethiopien Abebe Bikila au marathon de Rome en 1960, l’Afrique entretient des liens charnels et puissants avec les Jeux Olympiques. À l’heure de la décolonisation et de l’émancipation des peuples africains, le coureur des hauts plateaux avait mis l’Italie et le monde à ses pieds. Et l’Afrique, émerveillée, découvrait l’impact positif sur son image d’une victoire au JO. Depuis, elle a transformé le champ olympique en territoire de séduction. Chaque édition est l’occasion d’un coup d’éclat, d’une performance éblouissante, d’un nouvel espace conquis. Ainsi, en 1968, c’est le fascinant Kipchoge Keino qui ouvre la porte du demi-fond dans laquelle vont s’engouffrer des générations de milers africains dont les plus illustres sont Philbert Bayi (Tanzanie), Morceli (Algérie), Aouita et El Guerroudj (Maroc). Sans avoir l’aura et l’audience de Bikila, Keino montre que la percée athlétique africaine est faite pour durer. Vingt ans après le coup de semonce du prodige kenyan, l’Afrique fait main basse sur toutes les épreuves phares de l’athlétisme. La domination s’étend désormais du 800 m au marathon en passant par le steeple chase. En 1984, la Marocaine Nawal El Moutawakel montre la voie aux femmes africaines (et arabes) en devenant la première championne olympique grâce à son succès sur 400 m haies devant des Américaines et Européennes soufflées par son culot. Elle sera imitée par Hassiba Boulmerka (Algérie), Nezha Bidouane (Maroc), Françoise Mbango Etone (Cameroun) et bien d’autres.

Puis, au début des années 90, avec le retour de l’Afrique du Sud sur la scène olympique après son long bannissement pour cause d’apartheid, l’on assiste à des incursions sur des terres longtemps « interdites » aux athlètes du continent. Nous pensons aux bonnes performances d’Okkert Brits au saut à la perche en, à celle de sa compatriote au saut en hauteur Hestrie-Cloete Storbeck et des grandes performances de Kruger au lancer du marteau…

En fait, l’Afrique n’a jamais cessé de grignoter du terrain et de montrer qu’elle était capable de briller dans bien des sports. On assiste alors à des « premières » très importantes pour la suite de l’histoire. À Los Angeles (1984), le judoka égyptien Mohamed Rashwan fait une entrée spectaculaire dans une discipline totalement dominée par le Japon et quelques pays européens tels la France ou la Russie. En finale toutes catégories, le natif du Caire cède de justesse devant l’immense japonais Yasuhiro Yamashita. Hélas, l’exploit demeura sans suite. Dans la même veine, l’équipe féminine du Zimbabwe avait remporté en 1980 le tournoi olympique de Hockey sur gazon. Nous étions, il est vrai, à Moscou, capitale boycottée par les Anglo-saxonnes, reines du pré vert. À partir des années 90, on commence à assister à des coups d’éclat qui ne sont plus de simples coups d’épées dans l’eau. En 1996 à Atlanta, l’Algérie offre au continent son premier boxeur champion olympique. Hocine Soltani, virevoltant artiste du ring, domine la catégorie des Légers. La capitale de la Géorgie se révèle d’ailleurs un excellent cru avec des premières en veux-tu en voilà. À l’image de la natation sud-africaine qui s’octroie trois médailles d’or, grâce à un doublé de la brasseuse Pénélope Heyns et au relais masculin du 4X100 m, avant d’être imitée en 2004 à Athènes par la Zimbabwéenne Kirsty Coventry (médailles d’or sur 100m et 200 m dos) et en 2008 à Pékin par le Tunisien Oussama Mellouli vainqueur du 1500 m. Mais ce qui va marquer le plus le monde olympique, c’est le triomphe en 1996 à Atlanta de la flamboyante équipe du Nigeria face à l’Argentine dans le tournoi de football. L’image des jeunes Super-Eagles exultant de bonheur fait le tour de la planète et comble de bonheur les supporters du continent du nord au sud. C’était inévitable. Le football version Jeux Olympiques ne pouvait échapper encore plus longtemps à l’Afrique. La tendance est confirmée quatre ans plus tard à Melbourne. Comme pour rester dans le symbole, le Cameroun prend la mesure et donne la leçon au Brésil, l’autre géant de l’Amérique du Sud.

Le football, l’athlétisme, la natation sont la partie visible et spectaculaire du savoir-faire africain. C’est vrai que le continent n’apparaît pas ou joue petit bras dans un paquet de disciplines dites « mineures » et il pioche sérieusement dans quelques autres. Mais on assiste depuis quelques années à des progrès décisifs dans les sports collectifs. À l’image du handball, représenté par la Tunisie, aujourd’hui membre solide du top dix mondial chez les hommes et de l’Angola, septième nation chez les femmes. On retrouve encore l’Angola parmi les ténors du basket-ball international suivie d’assez près par le Nigéria. Alors que la Tunisie arrive dans la galaxie avec un si bel appétit. D’autres pas ont été franchis dans les sports de combats et les arts martiaux. Ainsi, l’Algérie, reine incontestée d’Afrique, la Tunisie et l’Egypte ne sont plus très éloignées de l’excellence en judo. Dans un passé récent, ces deux pays ont placé des hommes et des femmes sur les podiums mondiaux et glané un certain nombre d’accessits. Puis, en 2008 à Pékin, l’Algérien Ahmed Benikhlef et sa compatriote Soraya Haddad ont ouvert le compteur médailles olympiques du continent. L’Afrique peut compter sur le judo pour recueillir quelques accessits à défauts de breloques. Comme elle peut miser sur d’excellents représentants en boxe et en taekwondo. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur les classements mondiaux tenus à jour par les fédérations internationales. On y recense un nombre de plus en plus important d’athlètes africains.

Bien sûr, comparée aux moissons de médailles que remportent tous les quatre ans dans les joutes olympiques les grandes puissances européennes, asiatiques et américaines, la moisson africaine est encore modeste. Mais si l’on doit raisonner en termes de rapport qualité–prix, l’Afrique n’a pas de quoi rougir. La multiplication des centres de formation et d’entraînement régionaux dans des disciplines comme le judo, le karaté ou les sports collectifs, l’optimisation des offres de bourses olympiques et de coopération à travers le monde permettent à l’Afrique de sortir petit à petit de la dépendance de l’athlétisme et du football. Aux Jeux de Londres, le public anglais connaisseur applaudira de façon plus appuyée les performances des athlètes du continent noir, comme l’ont fait avant lui les publics passionnés de sport à Pékin, Athènes, Atlanta ou Tokyo. Toujours, par respect pour cet étonnant rapport qualité-prix.

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