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Sortie de l’album Chili Houritki de Mounira Mitchala + Interview avec Mounira Mitchala

1) Pouvez-vous vous présenter pour nos Internautes ? Je m’appelle Mounira Mitchala, c’est mon nom d’artiste, je suis une chanteuse, auteur, compositeur et interprète, j’ai aussi fait quelques films, comme « Hagouna », et quelques téléfilms sur le SIDA. Je suis aussi greffière, à l’école nationale de droit et la Magistrature.


2) La musique semble avoir un status particulier au Tchad, pourquoi avoir choisit cette voix ? Oui, pour tous le monde, l’artiste est une personne qui n’a pas réussie, pour les femmes c’est encore pire, mais je pense qu’avec les années, cela changera.
En plus d’avoir un statut particulier au Tchad, il n’y a pas vraiment de structures pour que l’artiste puisse s’épanouir, car il n’y a pas de salles de spectacles, pas de maisons de disques, pas d’écoles de musique.
Parce que je me sens bien dans la musique, j’aime ce métier, je veux m’exprimer avec la musique j’arrive à le faire, dire ce que je pense et comme je suis timide et que je n’aime pas trop parler, je transmets des messages à travers mes chansons.


3) Comment a débuté votre carrière musicale ? Malgré le status particulier du chanteur au Tchad ? Difficile, non, je pense que c’est difficile pour tous le monde à cause du manque de structures, mais quant tu veux, tu peux ! Alors j’ai commencé avec le théâtre dans un premier temps pour acquérir de la confiance en moi et ensuite pour aborder le public, parce que le regard de celui – ci n’est pas simple à gérer surtout pour quelqu’un de timide comme moi. Il faut aussi apprendre à gérer l’espace, et le trac bien sur.
J’ai commencé à apprendre cela à l’école, car on organisait des concours entre école, ou l’on chantait des chansons de l’extérieur comme font les autres artistes.
Je représentais l’école et je gagnais, donc sa m’a donné de la confiance, j’ai continué jusqu’en 2000, le directeur du centre culturel français m’a invité pour chanter une chanson avec le groupe « Aissao », et à partir de la j’ai commencé à chanter avec ma propre voix, j’ai continué à la travailler seule, à écouter les chansons et les interpréter seule, tous en continuant en même temps mes études jusqu’en 2005, ou j’ai rencontré Michèle Lepiteaux, une française qui était professeur de chant, c’est avec elle que j’ai appris à chauffer ma voix, préparer le corps avant de monter sur scène, car je ne savais pas le faire avant cela.


4) Quelles sont vos sources d’inspirations ? J’ai décidé de créer quelque chose qui me ressemble qui est à moi, parce que je ne voulais pas ressembler aux autres artistes, même si c’est vrai que les Tchadiens veulent beaucoup ressembler aux rappeurs, aux autres chanteurs africains, Américains ou Occidentaux, mais ce n’est pas notre identité, nous sommes Tchadiens et nous devons nous battre pour montrer notre richesse culturelle. En plus il n’y a pas beaucoup d’artistes Tchadiens reconnus sur la scène internationale comme Youssou N’Dour ou Kofi Olomide, donc je me suis dit que j’allais commencer à chercher petit à petit, des sonorités, des instruments traditionnels et surtout la base ce sont les rythmes, aux travers desquels je puisais l’inspiration et composais avec ceux-ci, j’écris et j’arrange pour que ce soit quelques chose à moi, pour montrer et faire profiter des rythmes Tchadiens.

La seule chose que j’ai rajouté c’est la kora, pour le 2ème disque. La Kora n’existe pas au Tchad, on a plusieurs types de percussions, le balafon, la flute. J’ai essayé de jouer de la Kora dans ma chanson Saboura pour apporter quelque chose de différent afin de coller à l’ambiance africaine pour que tout le monde se retrouve dans cet album, j’ai aussi utilisé la Garilla qui est un instrument qui ressemble à une petite guitare à deux cordes d’origine Peul du Tchad.
Chaque chanson à une base et la base : c’est la percussion. D’un territoire à un autre, du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest, chaque rythme représente une ethnie.


5) C’est le 2ème Album à paraitre, (sortie le 5 Mars 2012), quels sont les différences entre le 1er et le 2ème ? Qu’est ce qui a changé ? Ce qui a changé, c’est que le premier a été enregistré au Tchad. Pour cet album, j’ai travaillé ici avec un réalisateur qui s’appelle Camel Zekri, avec qui j’ai enregistré la maquette, je sens la différence, je sens que je suis plus perfectionniste musicalement parlant, moi je ne sais comment jouer de la guitare, je compose comme sa à l’oreille et de la manière dont je ressens le texte, si ce n’est pas une mélodie gai, je mets de la gaité, même si la personne ne comprend pas ma langue à travers la mélodie elle peut ressentir cette émotion ; je suis très contente d’avoir travaillé avec lui.

6) Quelle définition donnez-vous à cet album ? L’engagement, je parle de la réalité de mon pays, ce que j’observe dans la société que ce soit pour le Tchad ou les Pays d’Afrique, je pense que l’on traite toujours les mêmes thèmes : la paix, les problèmes de la femme, le droit des enfants, l’agriculture, ce qui se passe. C’est ma manière d’apporter une pierre pour le développement et la construction de mon pays.





7) Quelles sont vos influences musicales et culturelles plus généralement ?
Quant j’étais petite, j’écoutais beaucoup les musiques noires américaines, mes parents écoutaient aussi beaucoup de musiques, et sa m’a influencée. Aujourd’hui, je suis entre deux mondes si on écoute bien les deux disques, il y a une base traditionnelle mais aussi de la musique et des sonorités modernes.
Mon père est venu en Allemagne pour étudier, il était étudiant en linguistique, ma mère était aussi avec lui, entre temps j’étais avec ma sœur, on était une famille de quatre personnes, on a rejoint mon père en 1982, et depuis 1987 on est revenu au Tchad, j’ai découvert mon pays à l’adolescence, actuellement je suis au Tchad.


8) L’album est en Tchadien, mais il y a quelques paroles en Français (la chanson Tourabi par exemple), un projet d’album en Français pour plus tard ? Oui je vais essayer, le disque est sorti en 2008 et en 2009 j’ai eu la bourse SACEM, l’aide de ma maison de production « Marabi », j’ai pu avec ces aides faire des formations de chants et la j’ai appris comment articuler et chanter en Français parce que au début, je n’y arrivais pas et même quand j’essayais, on ne comprenait pas ce que je disais c’est pour cela que j’ai mis du Français et puis petit à petit, si je vois des améliorations (par rapport à son niveau en français), je ferai un disque en Français.

9) Une Tournée en préparation, en Europe, dans le Monde ? Des dates ? Sa va venir, (Rires) mais j’ai quelques dates en Suisse en Angleterre, en France, mais nous sommes encore au début car le disque n’est pas encore sorti. J’espère bien me produire dans une belle salle, en ce moment je suis en train de faire une tournée nationale, j’ai déjà fait les 3 premières dates avec l’aide de la l’ambassade de France au Tchad, et le Ministère de la culture qui m’ont accompagnée pour faire la 1er partie des 3 dates. Lorsque je vais rentrer, je continuerais à chercher des financements pour mes autres dates, pour moi c’est important d’aller dans le Tchad profond, pour rencontrer des gens, aller directement travailler avec les musiciens ou les chanteurs traditionnels parce que jusqu’ici, je n’ai pas les moyens d’aller travailler ou de faire venir les musiciens. J’ai travaillée avec le directeur artistique du ballet national Tchadien et quelques artistes traditionnels qui sont dans la capitale.



10) Si vous aviez la possibilité de travailler avec un ou une artiste. Ce serait qui ?
Je veux bien travailler avec Youssou N’Dour, Ismael Lo, même si j’ai déjà fait une chanson avec lui au Tchad quant il était parti pour faire un lancement sur la téléphonie mobile, mais j’aimerais bien retravailler une chanson avec lui, Youssou N’Dour, j’aime beaucoup ce qu’il fait, même si il sera occupé (Rires en référence à la candidature de Youssou N’Dour pour la présidentielle de 2012), qui d’autres ? (Réfléchit), du coté de femmes se serait Angélique Kidjo, que j’aime particulièrement. Au niveau des artistes occidentaux, oui je veux bien, mais sa demande beaucoup de travail, d’être en même temps dans le style de l’artiste et le mien, mais je voudrai bien le faire.
- Une personne en particulier ? Manu Dibango par exemple
Oui se serait sympa ou Salif Keita aussi, en plus il a été le président de mon jury du prix RFI Découverte en 2007.

11) Quelle chanson vous reflète le mieux dans cet album ? Une chanson qui me reflète le mieux, je dirai « Indépendance », parce que sa parle des femmes qu’elles soient Tchadiennes ou Africaines à dépendre d’elle-même de s’arracher et de se battre pour avoir leurs libertés, leurs autonomies et leurs indépendances, comme je me suis battu pour être la ou je suis aujourd’hui, je fais ce que je veux, je suis Musulmane mais je réussis à imposer le travail que j’aime faire, c’est pas évident d’être une femme artiste, qui plus est musulmane, car il y a l’influence de la famille, les traditions qui pèsent par-ci, par-là, mais il faut aussi savoir se battre et ne jamais baisser les bras, il faut avancer, notre monde d’aujourd’hui demande la participation de la femme pour un développement meilleur du Tchad et de l’Afrique Entière.

12) Un dernier mot pour nos Internautes sur StarAfrica ? (Rires) Je serai contente de les découvrir, de les lirent et j’aimerais un jour que l’on se rencontre dans un spectacle pour que l’on puisse se connaitre encore mieux.



Signature : A.D'almeida

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