Entretien avec Manie Malone (Viva Riva !)

Bonjour Manie Malone, merci de répondre à nos questions le jour de la sortie en salles en France de « Viva Riva ! », le premier film congolais depuis une génération ! Pour commencer, quel type de cinéma préférez-vous ?
J’aime le cinéma fantastique (Polanski), mais aussi le cinéma engagé, qui montre du doigt certains problèmes sociaux, comme les films d’Inárritu (« Amours chiennes » ou « 21 grammes »). J’adore le travail de Steve McQueen où on parle de la psyché de l’individu à grande échelle.
Comment en êtes-vous venue au métier d’actrice ?
A la base le cinéma n’était pas une vocation, j’ai étudié les langues étrangères appliquées.
J’ai débuté par un casting sauvage qui m’a permis de jouer dans un premier film : « No way » d’Owell Brown. Puis je me suis formée au métier d’actrice.
Jusqu’à ce rôle dans « Viva Riva ! ».
A Kinshasa, il n’y a pas de structure pour tourner un film. On m’a dit « pars, teste ! ». On m’a confirmé que j’avais le rôle juste dix jours avant le début du tournage.
Vous incarnez une reine de la nuit à Kinshasa. C’est un rôle de composition. Qu’est-ce qui vous a semblé le plus difficile pour interpréter une Kinoise crédible et comment avez-vous surmonté cet obstacle ?
Je travaille mes personnages en profondeur extrême, pas de manière superficielle, beaucoup sur le détail. Je dois m’approprier le personnage et en faire un être humain crédible.
J’ai passé trois mois et demi, tournage compris, à Kinshasa, à parler avec les femmes, à apprendre le lingala – parce que je voulais vraiment apprendre la langue, pas juste répéter les mots. Djo Wunga avait une idée très précise pour le personnage. A mon niveau, je voulais faire de Nora une entité, je voulais qu’elle soit réelle.
L’environnement dans lequel évolue Nora est incroyablement hostile. Elle semble piégée dans une relation violente avec un voyou qui ne la respecte pas. Ma perception est que, en réaction, elle semble dresser des barrières pour se protéger et pour protéger les autres. Il faut toute la ténacité de Riva pour franchir cette barrière. Comment résumeriez-vous la philosophie de Nora ?
Je ne vois pas le personnage comme ça. Moi qui suis une enthousiaste, je l’envisage comme quelqu’un qui n’est pas dans le désespoir mais dans l’apathie, coupée de l’envie de quoi que ce soit. Elle est venue de l’Europe il y a huit ans, elle a suivi son compagnon par amour. C’est comme dans « Casino », quand Robert De Niro et Sharon Stone ne peuvent plus se voir, ne peuvent plus se supporter.
Une scène marquante se déroule au club. Azor, le petit ami de Nora, a besoin d’argent. Il lui arrache alors sa boucle d’oreille. Nora accorde beaucoup d’importance à ce bijou, et pas seulement pour une raison d’argent. Pourriez-vous expliquer le symbole ?
C’est tout ce qui lui reste. Ca représente sa famille, ça symbolise l’amour maternel. Nora n’est pas respectée à Kinshasa, elle est métisse aussi, les femmes la mettent de côté. Et puis ses cheveux rouges ont aussi une signification, ils en font une femme à part, provocatrice et ensorceleuse.
Nora n’en a plus rien à faire, elle a abandonné, elle boit, fait du shopping, sort en boîte…
Le film a été visionné pour la première fois il y a deux ans…
Le film est sorti en juin dernier aux Etats-Unis et à Londres, en octobre en Belgique, il est maintenant diffusé dans une trentaine de pays. J’ai eu une très très bonne surprise ce matin, le film dans lequel je joue sort dans mon pays !
Que pensez-vous de la réaction des spectateurs jusqu’ici ?
Les gens ont un « a priori » sur les films africains. Ils ne s’attendaient pas à ça et ils sont agréablement surpris.
Comment voyez-vous l’avenir ?
Ma carrière démarre et je n’ai pas encore beaucoup de propositions. J’espère que ça va démarrer. J’aimerais bien tourner avec des réalisateurs européens, voir des choses ailleurs.
Avez-vous un projet en cours ?
J’ai réalisé mon premier court-métrage fantastique et maintenant je travaille en tant que scénariste sur une fresque historique d’une des premières féministes françaises, au dix-huitième siècle. Je suis passionnée de cinéma avant d’être passionnée par une carrière !
Pour conclure, quelle est votre vision du cinéma africain ?
Je suis heureuse, je suis heureuse et j’ai beaucoup d’espoir pour l’Afrique, pour le cinéma africain. Je crois que beaucoup d’Africains ont un point de vue à exprimer. Jusqu’ici le financement est européen, ce sont les Européens qui parlent de l’Afrique. J’espère qu’on laissera aux jeunes cinéastes africains la possibilité d’être financés en conservant leur propre regard plein de promesses sur leur propre continent.
Propos recueillis par Cyril Pasteau
Viva Riva ! présentation et bande-annonce