Interview – Togo / Abalo: « Le Togo a besoin d’un leader »
Jean-Paul, tu as longtemps été le capitaine des Eperviers, comment juges-tu le niveau actuel de l’équipe nationale par rapport à celle de 2006 ?
Depuis que j’ai quitté l’équipe nationale, je n’ai vu jouer qu’une seule fois l’équipe au Togo, donc c’est difficile de juger. Mais quand j’avais vu jouer l’équipe au stade, j’ai été surpris. Ce n’était pas la même chose qu’en 2006, le niveau était plus faible. Après, ils ont quand même fait de bon matches par la suite. Il y a de bons joueurs dans cette équipe, et s’ils sont solidaires comme nous l’avons été en 2005 (année de la qualification au Mondial 2006), ils peuvent aller loin.
On reproche souvent aux Eperviers de manquer d’expérience. Faut-il réintégrer les « anciens » pour relever le niveau ?
Tout dépend de leur condition physique. Je ne sais pas si tous ces joueurs ont joué cette saison, car s’ils sont à la maison et qui n’ont pas de club, ça me parait très difficile. Après il ne faut pas écarter complètement cette génération (des « mondialistes », ndlr), mais ça me fait mal de voir qu’aujourd’hui le Togo soit tombé si bas parce qu’on n’a pas préparé l’avenir correctement. Il est temps de relancer notre championnat national, j’ai vu qu’il y avait des joueurs locaux dans l’équipe. Je me demande ce qu’ils peuvent bien apporter à l’équipe, d’autant plus que le niveau du football au Togo est très bas
Selon toi, il faudrait donc uniquement miser sur les joueurs professionnels évoluant à l’étranger ?
Exactement, les compétitions internationales n’ont rien à voir avec le championnat national, c’est pourquoi nous avons besoin de joueurs plus expérimentés. Il y a beaucoup de choses à refaire, il faut préparer l’avenir des Eperviers.
Emmanuel Adebayor s’est dit agacé par une sorte de démotivation de la part des joueurs à évoluer sous le maillot des Eperviers. Quel est ton avis sur ce sujet délicat ?
Je ne pense pas que les joueurs soient réellement démotivés. Si un joueur arrive à être démotivé à l’idée de jouer pour son pays, ça devient grave. Le football, on l’aime ou on ne l’aime pas. Au Togo, nos joueurs se plaignent que l’organisation n’est pas bonne, mais ce n’est pas une excuse valable. J’ai commencé à jouer avec l’équipe nationale en 1992 et ce problème d’organisation a toujours été là. Pourtant, cela ne nous a pas empêché de jouer une Coupe d’Afrique, et même une Coupe du Monde. A un moment donné, les joueurs doivent comprendre qu’au Togo, les choses ne se font pas comme en Europe. C’est à eux de se libérer, de communiquer entre eux. Lorsque j’étais capitaine, comme par exemple en 2006, j’ai toujours essayé de motiver les joueurs, de les appeler et de trouver les mots justes quand certains ne voulaient pas revenir. Aujourd’hui, dans cette équipe, il n’y a plus de joueur capable de faire cela.
Certains joueurs comme Moustapha Salifou ou Alaixys Romao sont tout de même réputés pour porter l’équipe vers le haut, non ?
Oui, c’est vrai, ces joueurs parlent et essaye de convaincre les autres. Mais si ces joueurs n’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils disent, et ne donnent pas l’exemple, comment veux-tu que les autres joueurs les suivent ? Le problème vient aussi de ça. Cette équipe a vraiment besoin d’un leader, même si ce n’est pas un joueur. Quelqu’un qui soit là pour les motiver et leur parler avant les matches. Souvent, quand les footballeurs reviennent au Togo pour jouer, ils confondent vacances et compétition, mais on n’est pas en sélection nationale pour s’amuser. Ils rentrent au pays pour une mission. Une fois seulement que cette mission est terminée, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, mais pas avant.
Que penses-tu de la désignation de Didier Six au poste de sélectionneur ? Était-ce vraiment un bon choix ?
C’est difficile à dire. Mais en Afrique, les équipes nationales ne fonctionnent pas forcément comme en Europe. Devenir sélectionneur d’une sélection africaine, et encore plus du Togo demande beaucoup de travail. Didier Six n’est pas souvent au Togo, et c’est donc difficile pour lui de faire quelque chose de concret. S’il était plus sur place, il pourrait vraiment savoir ce qu’il se passe autour de l’équipe, actuellement il ne connait pas assez le Togo. De cette manière, Keshi avait réussit de bonnes choses en 2005-2006. Mais c’est avant tout aux joueurs d’aider l’entraîneur à accomplir ses objectifs.
Pour finir, n’as-tu jamais pensé à t’investir auprès de la sélection nationale ?
Bien sûr, depuis que j’ai quitté l’équipe nationale, ça me ronge. Mais c’est aux dirigeants de me demander si je souhaite intégrer la Fédération. Malheureusement, je pense avoir une façon de fonctionner que n’accepteront pas certains membres du bureau. Je veux bien aider mon pays, mais pas à n’importe quel prix non plus. Mais c’est évident que je reste à la disposition de l’équipe nationale pour aider le football togolais.