Interview – F.BOUALI / JSM BEJAÏA (Algérie) : « Une place sur le podium »
Profil atypique dans le microcosme des entraîneurs algériens, Fouad Bouali, récemment arrivé à la tête de la JSM Bejaïa souhaite pérenniser son aventure avec le club phare de la petite Kabylie et se qualifier à l’issue de la saison pour l’une des compétitions continentales. A 50 ans, celui qui fut tout près de renforcer le staff technique de Rabah Saâdane après la dernière Coupe d’Afrique des Nations est un homme exigeant, avec un discours lucide sur l’état du football algérien. Diplômé d’un DESS de Marketing à l’université Paris-Dauphine, il ambitionne un jour de prendre le destin d’une sélection nationale. Confidences.
Fouad, vous avez pris la succession de Djamel Menad, comment se passe votre prise de fonction au sein du club de la JSM Bejaïa ?
Plutôt bien. Je pense que Djamel Menad a fait du bon travail. J’ai trouvé une équipe bien préparée. Il est vrai que cela n’avait pas marché ces derniers temps, mais il y a vraiment une équipe en place.
Quels sont les objectifs qui vous ont été assignés ?
L’objectif principal, c’est de continuer l’œuvre. Et sur le plan sportif, une place sur le podium. Dans ce groupe, il y a des bons joueurs, si on réussit, on pourra dire que c’est le travail de Djamel qui est en grande partie récompensé. Si c’est un échec, on pourra dire que je n’ai pas apporté la touche finale pour pouvoir atteindre l’objectif du club. Encore une fois, l’objectif c’est le podium, la deuxième ou la troisième place. L’échec serait de ne pas être sur le podium.
Le nom de Diego Garzitto a circulé dans la presse pour reprendre en main la JSMB. Qu’en pensez-vous et survivriez-vous à un échec en cas d’une place hors du podium ?
J’ai entendu parler de cette histoire. J’ai été voir mon président pour avoir une clarification à ce sujet là. Il m’a dit qu’il avait effectivement discuté avec Diego Garzitto, mais au moment du départ de Djamel Menad et non après ma prise de fonction. C’est un contact qui remonte et les journaux algériens n’ont fait que rapporter une information qui était valable, mais il y a plus de trois mois…
Serez-vous en place au début de la saison prochaine ?
Oui, Boulaem Tiab m’a rassuré à ce sujet. Je suis arrivé à ce moment de la saison pour connaître la maison et travailler dans la perspective de l’année prochaine. Mais comme vous le savez, dans le football, tout peut aller très vite. Je suis professionnel, je termine la saison. Si je suis là, je continuerais mon travail. Si je ne suis plus là, cela ne me dérange nullement. Les expériences forgent pour le reste du parcours.
3ème actuellement, deux de vos joueurs majeurs ont déjà l’esprit ailleurs : Zerdab s’est engagé en faveur de Rouen et Yannick N’Djeng ne pense qu’au Portugal et un transfert vers Vitoria Guimaraes. Cela ne complique-t-il pas votre tâche ?
Evidemment, je dois me soucier de l’état psychologique de ses joueurs. Maintenant, même si je ne tiens pas ce discours à mes joueurs, le président ne veut pas que je sois le responsable en cas d’échec. Mais j’estime que j’ai quand même une part de responsabilité dans le parcours de mon équipe.
En tant qu’entraîneur algérien, que pensez-vous de l’arrivée de Vahid Halilhozdic à la tête des Fennecs ?
C’est une décision du patron de la FAF. C’est un étranger, il a un CV et une certaine expérience. Il a fait du bon boulot par où il est passé. En tant que coach algérien, je lui souhaite la bienvenue et beaucoup de courage pour son boulot.
Comment l’avez-vous analysée la débâcle des Verts face au Maroc le 4 juin dernier (4-0) ?
C’est une défaite qui a beaucoup fait parler. On a incriminé tout le monde. On peut perdre et continuer le chemin. 4-0 ou 1-0 c’est 3 points qui s’en vont.
Oui, mais cela a été une faillite totale, non ?
On a été mauvais sur tous les plans. Déjà, au match aller, avec une belle pelouse, on n’aurait pas pu gagner ce match.
90 % de binationaux en équipe d’Algérie. Des joueurs locaux non compétitifs à haut niveau. Où en est la formation en Algérie ?
En Algérie, on ne fait pas de différence entre un centre d’entraînement et un centre de formation, et tout le mal réside dans cette façon de voir les choses. On donne un terrain pour un centre de formation et les dirigeants pensent que c’est le lieu où doit s’entraîner l’équipe première. Ensuite, nous pouvons très bien en créer, mais il faudra penser aux gens qui géreront l’établissement, c’est encore une autre problématique. Les entraîneurs doivent inculquer la mentalité professionnelle aux joueurs et les mettre sur des bons rails.
Vous êtes passé par le Nasr de Benghazi avant de partir en raison du conflit interne à la Libye. Qu’avez-vous pensé de votre expérience dans ce pays ?
En Libye, tout le problème réside sur le plan politique. Je suis très inquiet pour mes joueurs. C’est un pays étonnant. Sans une grande histoire, ils possèdent des infrastructures que ne possède pas l’Algérie. Ils ont des conditions intéressantes avec pas mal de terrains d’entraînement. Aucune équipe en Algérie n’a les mêmes moyens. C’est quelque chose qui me dépasse !
L’année dernière après la CAN 2010 en Angola, vous étiez pressenti pour renforcer le staff technique de Rabah Saâdane. Pourquoi cela ne s’est-il pas fait ?
Je ne sais pas pourquoi. Il y a eu des interférences qui ont mis à mal cette possibilité. Et Rabah Saâdane a jugé à juste titre qu’il fallait conforter les gens en place, à un moment où il y avait un besoin de sérénité.
Propos recueillis par Nabil Djellit