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Al Qaïda: un an après la mort de Ben Laden, son réseau souffre mais s’adapte

Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur France 2 montrant Mohamed Merah, le 21 mars 2012 (© 2009 AFP)

La mort d’Oussama Ben Laden, il y a un an, a porté un coup terrible à Al Qaïda, même si dans le monde des disciples, organisés ou solitaires, continuent de brandir le flambeau du jihad, estiment officiels et analystes.

Déjà décimé et désorganisé par les attaques à la roquette menées par les drones américains dans les zones tribales du Pakistan et d’Afghanistan, le coeur du réseau, baptisé par les spécialistes « Al Qaïda-Central », est désormais réduit à quelques dizaines de personnes essentiellement occupées à survivre.

Même s’il perpétue les appels au jihad global, le successeur désigné de « l’émir Oussama », l’Egyptien Ayman Al Zawahiri, n’est pas parvenu à s’imposer et à remplacer dans la nébuleuse jihadiste mondiale la figure légendaire du fondateur du mouvement.

« Ce qui donnait de la substance à la vocation globale, mondiale d’Al Qaïda, c’était la personnalité même de Ben Laden. C’était une personnalité unique, qu’Ayman Al Zawahiri est incapable de remplacer », assure Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris, auteur de « La véritable histoire d’Al Qaïda ».

« Il y avait autour de ce fils de très bonne famille, qui aurait pu couler la vie la plus douce qui soit mais qui menait une vie de privations et d’ascèse terroriste, une forme de romantisme très attirant. C’était un aimant très puissant », ajoute-t-il.

« A aucun moment, pendant l’année qui vient de s’écouler son successeur n’a, par ses propos, ses actes, ses gestes, une initiative, marqué l’opinion ».

Faute de pouvoir monter ou organiser des attaques ou des complots à l’échelle mondiale, Al Qaïda-Central continue toutefois à tenter d’inspirer des disciples et surtout de tirer crédit d’actions menées, au nom de l’islam jihadiste mais en fait dans des cadres locaux, par les organisations qui avaient prêté allégeance à Ben Laden.

Au Yémen les combattants d’Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) mènent des actions de guérilla incessantes contre le pouvoir central de Sanaa et sont parvenues à conquérir et tenir plusieurs villes dans le Sud du pays.

En Somalie les rebelles islamistes shebab, bien qu’affaiblis, résistent et continuent de mener attaques et attentats, tout en attirant dans leurs rangs des volontaires venus du monde entier.

Dans les pays du Sahel, les hommes d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont tiré avantage de la révolte libyenne et de la fin du régime de Mouamar Khadafi pour récupérer des tonnes d’armes et, alliés à des rebelles touaregs, s’emparer d’un immense territoire dans le Nord du Mali.

Mais, au-delà de la rhétorique islamiste, Aqpa est pour l’instant la seule organisation qui a formellement reconnu et accepté l’autorité d’Al Zawahiri et qui a tenté, en tentant de faire sauter des avions à destination des Etats-Unis, de participer autrement qu’en paroles au jihad mondial.

Grâce à sa présence sur internet, qu’aucune contre-mesure n’est capable d’empêcher, Al Qaïda-Central salue et encourage les actions de ces mouvements associés mais vise désormais surtout, assurent les experts, à recruter à distance des volontaires pour le jihad, ces « loups solitaires » qui se radicalisent seuls et décident de passer à l’action en toute autonomie.

Le jeune français d’origine algérienne Mohammed Merah en est le parfait exemple : il s’est réclamé d’Al Qaïda mais, plus d’un mois après les tueries de Toulouse et Montauban, dans le sud-ouest du pays, rien ne permet de le relier autrement qu’en paroles au réseau.

« Plus Al-Qaïda-Central est sous pression, plus il lui est difficile de préparer des attaques à grande échelle et plus Al Qaïda va tenter de recruter des individus en Occident pour planifier et exécuter des attentats » estime, dans son rapport sur le terrorisme publié mercredi, l’office européen de police Europol.

Intervenant récemment devant le Sénat canadien, Richard Fadden, chef du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), a expliqué à quel point il était difficile pour les services de répression de détecter et neutraliser à l’avance les loups solitaires.

« Ce n’est pas facile, parce que ces individus semblent être un mélange de terroristes et de personnes qui ont de très graves problèmes personnels », a-t-il dit. « Donc il nous est très difficile de développer une doctrine, une méthode pour traiter ces cas. Pour être honnête, oui, cela nous inquiète ».

Signature : Michel MOUTOT PARIS (AFP)

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