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Soudan: entre inflation et perte de revenus pétroliers, l’économie est exsangue

Une femme se dispute avec un vendeur dans un magasin d'Omdurman, au nord-ouest de Khartoum, le 21 février 2012 (© 2009 AFP)

Confronté à la perte des trois quarts de ses revenus pétroliers depuis la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011, le Soudan s’enfonce dans une crise économique majeure qui touche directement les plus pauvres à cause de la flambée des prix des produits alimentaires.

Pour tenter de juguler le problème, le président Omar el-Béchir a annoncé lundi une série de mesures d’austérité, qui risquent de provoquer un mouvement de mécontentement.

Dans son dernier rapport publié fin mai, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué que le Soudan faisait face à des défis économiques « redoutables ».

Les rébellions dans les régions frontalières du sud, et surtout les combats d’avril à Heglig, principal champ pétrolier du pays, ont encore aggravé ces difficultés.

L’inflation a atteint officiellement 28% en avril et 30% en mai, mais certains économistes pensent que le vrai chiffre est en fait supérieur à 40%.

Les prix des denrées alimentaires se sont notamment envolés. Selon les commerçants, le prix du boeuf a ainsi plus que doublé en un an, et un plat de « foul », repas traditionnel à base de fèves, est passé durant la même période de 2 à 4 voire 5 livres soudanaises.

Sur un marché de Khartoum, Imam, une Soudanaise de 35 ans enceinte de son troisième enfant, raconte qu’elle doit se battre pour nourrir sa famille au quotidien.

« L’année dernière, nous achetions de la viande trois ou quatre fois par mois. Maintenant, j’en achète seulement une fois par mois, et parfois pas du tout (…) Tout devient de plus en plus cher, je suis inquiète pour l’avenir », explique-t-elle.

« Etat en banqueroute »

Sabit Joumaa, 50 ans, explique pour sa part avoir supprimé tout ce qu’il pouvait dans ses dépenses: « Mais il y a des choses que vous ne pouvez pas ne pas acheter, comme les médicaments pour les enfants ».

Face aux difficultés économiques, le président Béchir a annoncé lundi avoir « décidé d’augmenter les impôts et de supprimer 100 postes au gouvernement fédéral et 200 dans les gouvernements locaux ».

« Et nous allons supprimer les subventions aux carburants progressivement », a-t-il ajouté, précisant que le gouvernement essayait via ces mesures « de combler le fossé entre les recettes et les dépenses ».

Des économistes et certains membres du Parti du congrès populaire au pouvoir ont mis en garde contre le coût social et politique d’une suppression des subventions aux carburants.

« De toute évidence, cela pèsera surtout sur les bas revenus et les pauvres », a souligné Mohammed el-Jak, professeur d’économie à l’Université de Khartoum.

Le président Béchir a lui-même reconnu que cette mesure affecterait « particulièrement les pauvres », mais il a souligné qu’elle était nécessaire.

Même le ministre des Finances, s’exprimant devant le Parlement la semaine dernière, a admis qu’il s’agissait de la décision d’un « Etat en banqueroute ».

Safwat Fanous, professeur de politique à l’Université de Khartoum, souligne que les problèmes financiers rencontrés par le gouvernement viennent de son incapacité à diversifier son économie, totalement dépendante des revenus pétroliers depuis 10 ans.

Selon lui, une suppression des subventions aux carburants, même si « très nécessaire » d’un point de vue économique, sera « très dangereux » politiquement. « Beaucoup de membres du CNP sont inquiets que cette décision puisse faire descendre les gens dans les rues ».

« Cela va créer une sorte de chaos, avec des grèves et des pressions sur le gouvernement », estime aussi M. Jak.

Ces trois derniers jours, des centaines d’étudiants ont manifesté contre la hausse des prix des produits alimentaires, dispersés à chaque fois par les forces de l’ordre.

Signature : Simon MARTELLI KHARTOUM (AFP)

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