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Russie: Poutine a pris ses fonctions au Kremlin sur fond de protestations

Le président russe sortant Dmitri Medvedev arrive au Kremlin pour l'investiture de Vladimir Poutine, le 7 mai 2012 à Moscou (© 2009 AFP)

Vladimir Poutine a pris lundi ses fonctions de président pour un troisième mandat « déterminant pour le destin de la Russie » selon lui, sur fond de manifestations de l’opposition, hostile à son retour au Kremlin.

« Nous entrons dans une nouvelle étape du développement national. Les années à venir vont être déterminantes pour le destin de la Russie pour les décennies à venir », a-t-il déclaré dans une brève allocution.

M. Poutine, qui occupait le poste de Premier ministre après avoir été président de 2000 à 2008, a succédé officiellement à Dmitri Medvedev au cours d’une cérémonie dans la fastueuse salle Saint-Georges du Kremlin, devant quelque 3.000 invités, où des soldats en uniforme de parade sont entrés au pas en portant le drapeau tricolore russe.

Après avoir défilé sur un long tapis rouge sous les applaudissements, M. Poutine a prêté serment sur la Constitution, promettant « de respecter et de protéger les droits et les libertés des citoyens ».

Dans l’assistance se trouvaient le Patriarche de l’Eglise orthodoxe russe Kirill, le Grand rabbin Berl Lazar, l’ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi, le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev et l’ex-chancelier allemand Gerhard Schroeder.

Peu après, M. Poutine s’est vu remettre la valise contenant le dispositif de communication permettant de déclencher une attaque nucléaire.

Il a ensuite assisté avec son épouse Lioudmila, qui n’apparaît que très rarement en public, à une bénédiction prononcée par le Patriarche Kirill.

Quelques heures après son retour au Kremlin, le nouveau chef de l’Etat a signé une série de décrets concernant aussi bien la modernisation des forces armées, les relations avec les Etats-Unis que la durée dans les files d’attente des administrations.

Défendant son image d’homme fort et sportif, il a marqué dans la soirée un but dans un match de hockey sur glace entre l’équipe de joueurs légendaires du hockey russe et celle d’amateurs, ont rapporté les agences russes.

MM. Berlusconi et Schroeder ainsi que le président de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) René Fasel ont assisté à ce match.

Comme prévu depuis septembre, M. Poutine a présenté lundi la candidature de M. Medvedev pour lui succéder en tant que Premier ministre.

Ce dernier devait rencontrer lundi les chefs des groupes parlementaires à la Douma (chambre basse), amorçant ainsi le processus de confirmation par cette assemblée mardi.

Dimanche, une manifestation de l’opposition réunissant de 8.000 à plusieurs dizaines de milliers de participants à Moscou, selon les autorités et les organisateurs, avait été réprimée violemment par la police. Vingt-neuf policiers ont été blessés au cours des heurts qui ont suivi.

La police a annoncé avoir interpellé 436 personnes, dont le leader du Front de Gauche, Sergueï Oudaltsov, et le blogueur anti-corruption Alexeï Navalny. Les deux derniers se sont vu infliger lundi une amende de 25 euros pour leur refus d’obtempérer aux injonctions des forces de l’ordre.

Un impressionnant dispositif de sécurité avait été installé lundi aux abords du Kremlin et dans le centre de Moscou où des milliers de policiers ont été déployés.

Des opposants ont néanmoins essayé de se rassembler, sans autorisation, près du Kremlin pour dénoncer la nouvelle présidence de M. Poutine. La police a annoncé près de 300 interpellations.

L’opposition a de son côté dénoncé des interpellations arbitraires, même dans les cafés.

Elu le 4 mars avec près de 64% des voix lors d’un scrutin entaché de fraudes, selon l’opposition, M. Poutine retourne au Kremlin après l’avoir quitté en 2008 faute de pouvoir assurer plus de deux mandats consécutifs, selon la Constitution.

Si les huit premières années de la présidence Poutine ont été marquées par une reprise en main du pays et une certaine stabilité, après les années libérales mais chaotiques sous Boris Eltsine, ce troisième mandat, passé à six ans, s’annonce plus difficile dans une société où la soif de changements n’a jamais été aussi grande depuis la chute de l’URSS en 1991.

M. Poutine s’est retrouvé confronté fin 2011 à une vague de contestation inédite de la part de la population, massivement descendue dans la rue pour dénoncer le trucage des élections législatives et présidentielle, et la corruption qui gangrène le pays.

Signature : Benoît FINCK MOSCOU (AFP)

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