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La Corée du Sud voit en Fleur Pellerin le contre-modèle de son conservatisme

Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME et de l'économie numérique  quitte l'Elysée le 17 mai 2012  à Paris (© 2009 AFP)

La Corée du Sud s’interrogeait sur sa propre relation aux étrangers après l’entrée au gouvernement français de Fleur Pellerin, adoptée à Séoul à l’âge de six mois, perçue comme le fruit d’un modèle d’intégration et d’une tolérance inconnus dans son pays natal.

Diplômée de Sciences Po et de l’Ecole nationale d’administration (ENA), Fleur Pellerin, 38 ans, a été nommée ministre déléguée chargée des PME et de l’économie numérique.

Symbole de la génération féminine montante pour la presse française, elle est avant tout « la première ministre française d’origine sud-coréenne », pour la presse de Séoul.

Les grands titres du pays lui ont consacré leur Une en publiant des photos de la jeune promue et des articles retraçant son parcours exemplaire, d’une cité HLM de la banlieue parisienne aux plus hauts honneurs de la République.

La palme du lyrisme revient au Hankook Ilbo saluant celle qui « s’est épanouie comme une fleur à Paris » après avoir été « abandonnée » en Corée du Sud.

Dans un édito, le Hankyoreh Daily a estimé que la réussite de Fleur Pellerin témoignait de l’intégration des minorités dans la société française et de ses « valeurs progressistes ».

L’arrivée de Fleur Pellerin dans le gouvernement Ayrault, ajoute le journal, devrait inciter les Sud-Coréens à s’interroger sur « le bon sens de la société française qui a permis à un enfant à la couleur de peau différente et un passé difficile de devenir ministre ».

« Malheureusement, s’agissant de l’adoption, il y a peu de différences entre la Corée de 1974, année de l’adoption de Mme Pellerin, et la Corée d’aujourd’hui », a aussi déploré le quotidien en soulignant que la Corée du Sud restait, près de quarante ans plus tard, un pays de choix pour les adoptions à l’étranger.

« Nous devons juger sans complaisance notre inclination à ostraciser et brimer les autres en raison de leur différence, que ce soit la couleur de leur peau ou leur orientation sexuelle », a également relevé le journal, en référence au relatif conservatisme de la société sud-coréenne, en particulier à l’endroit des immigrés, victimes de discrimination à l’école ou au travail.

Le Parti de la nouvelle frontière (NFP, conservateur) au pouvoir a estimé que la Corée du Sud devait tirer les leçons de la réussite de Fleur Pellerin pour s’ouvrir et promouvoir l’égalité des chances pour l’ensemble de ses habitants, sans distinction d’origine.

« Nous devons apprendre du système social français qui garantit les mêmes opportunités pour tous, qu’on ait été adopté ou qu’on vienne de l’immigration », estime le NFP.

Le parti dit par ailleurs espérer « que sa nomination contribuera à sceller des relations amicales et fructueuses entre les deux pays ».

Ancienne présidente du « Club XXIe siècle » qui réunit l’élite des minorités visibles dont la vocation est de promouvoir la diversité en France, Fleur Pellerin a de son côté indiqué qu’elle ne se « perçoit pas comme asiatique » et fait valoir ses compétences plutôt que sa différence.

Interrogée sur l’intérêt que lui porte la presse sud-coréenne, elle a évoqué « une sorte de culpabilité collective d’avoir fait partir des enfants à l’adoption dans les années 1970″. « Maintenant, ils essaient de renouer le lien et de voir ce que sont devenus ces enfants », explique-t-elle.

Dans son cas, c’est chose faite: « Jong-Sook », son prénom de naissance qui signifie « claire, transparente », a 38 ans, s’occupe d’économie numérique (la Corée du Sud, patrie de Samsung, affiche un des taux de pénétration des nouvelles technologies parmi les plus élevés au monde) et confesse apprécier le karaoké, un petit faible qui n’aura pas échappé au pays du Matin calme.

Signature : SEOUL (AFP)

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