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Heglig, champ de bataille pétrolier, à nouveau aux mains de Khartoum

Des ouvriers soudanais inspectent des installations endommagées dane le complexe pétrolier d'Heglig, à la frontière avec le Soudan du Sud, le 24 avril 2012 (© 2009 AFP)

« Il a été touché par une charge de TNT ou autre chose », explique un responsable pétrolier devant un pipeline éventré d’où s’écoule l’épais liquide noir dans la zone pétrolière frontalière d’Heglig revenue aux mains du Soudan après de violents combats avec Juba.

Les responsables soudanais accusent le Soudan du Sud, qui a occupé la zone pendant dix jours, d’avoir endommagé le pipeline et d’avoir détruit les bâtiments et la centrale électrique adjacentes.

« Nous sommes en train de colmater la fuite », explique Ibrahim Youssef Gamil, un responsable de la compagnie Greater Nile Petroleum Operating Company (GNPOC). Deux jours auparavant toute la zone était en flammes, selon lui.

Le pipeline d’un diamètre de 71 cm achemine le pétrole de ce site d’exploitation sur 1.500 kms jusqu’au terminal de Port Soudan.

La GNPOC est une compagnie mixte détenue à 40% par la CNCP (Chine), à 30% par le malaisien Petronas, à 25% par la compagnie indienne ONGC et à 5% par la compagnie soudanaise SUDAPET.

Heglig assurait à Khartoum la moitié de sa production nationale soit entre 50.000 et 55.000 barils par jour, jusqu’au 10 avril, date de sa prise de contrôle par des troupes du Soudan du Sud, selon M. Gamil.

« La production de brut a pratiquement cessé », explique ce responsable qui dit ignorer quand elle pourra reprendre.

Le système de sécurité de la centrale a été détruit, des camions ont été incendiés et la plateforme pillée, déplore-t-il.

Seuls 120 employés sont en activité pour tenter d’abord de remettre en état ce qui peut l’être, alors qu’auparavant quelque 4.000 personnes, dont des sous traitants, y travaillaient, selon lui. Le montant des dégâts n’a pas encore été estimé et une évaluation est en cours.

Les armées de Juba et de Khartoum s’affrontent depuis plusieurs mois sur des zones contestées. Mais les combats se sont encore aggravés quand l’armée sud-soudanaise s’est emparée de Heglig le 10 avril, en chassant les troupes soudanaises et déclenchant la fureur de Khartoum.

Heglig est pour le gouvernement soudanais ancrée en territoire soudanais. Le champ pétrolier qui s’y trouve assurait avant les combats la moitié au moins de la production de brut du Nord.

Il est donc d’une importance capitale pour Khartoum qui à la partition du Soudan en juillet 2011 a vu les trois quarts de ses réserves pétrolières passer sous le contrôle du Soudan du Sud.

L’armée du Sud du Soudan a rejeté sur Khartoum la responsabilité du désastre à Heglig et affirmé que ce sont les Nordistes qui ont bombardé sans discernement les installations pétrolières pendant que les troupes de Juba occupaient la zone.

Khartoum avait annoncé vendredi la reconquête de Heglig, mais l’armée sud-soudanaise a pour sa part affirmé avoir mené, sous la pression internationale, un retrait volontaire et progressif achevé dimanche.

Selon M. Gamil, la présence militaire s’est réduite depuis quelques jours. « La présence de l’armée est à son minimum maintenant », estime-t-il.

Mais, pour l’instant, seuls des soldats sont visibles dans cette région sans relief et plantée d’acacias.

Des pick-up chargés de soldats armés foncent sur les routes soulevant des nuages de poussière rouge.

« Si nous voulons nous diriger vers le sud maintenant nous pouvons le faire, mais ce n’est pas prévu », dit un membre des forces supplétives de l’armée soudanaise, Zaki Al Ahmad, dans un camp de huttes en paille qui sert de base aux troupes dans cette région située à 15 m de la frontière disputée.

« Nous ne faisons que défendre notre bien. Nous ne voulons pas les attaquer », assure un combattant barbu.

Signature : Ian TIMBERLAKE HEGLIG (Soudan) (AFP)

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