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Afrique du Sud: une entreprise indienne veut faire monter à moto les Noirs des townships

Un Sud-Africain essaie une moto à Alexandra, en banlieue de Johannesburg, le 11 juin 2012 (© 2009 AFP)

« Arrêtez de marcher et commencez à rouler, il est temps de se libérer! » Un représentant du constructeur indien Bajaj veut inonder les townships sud-africaines de motos bon marché, mais le pari est risqué car leurs habitants n’ont absolument pas la culture des deux-roues.

« L’Afrique du Sud est un marché très particulier », explique Karan Patni, un Indien responsable du marketing pour l’Afrique australe de Bajaj, l’un des leaders mondiaux du secteur, qui produit plus de 3 millions de motos par an, dont 1,2 millions ont été exportées en 2011.

« Les Sud-Africains noirs qui vivent dans les townships n’ont pas leurs propres moyens de transport. Ils doivent marcher jusqu’à la station de taxis collectifs, prendre un taxi et probablement encore un autre avant d’arriver à destination. Ils dépensent beaucoup d’argent et perdent beaucoup de temps », observe-t-il.

D’où la solution miracle, selon lui: une moto de 150cc assez rustique et peu gourmande en carburant, vendue 10.500 rands (1.000 euros). Sept fois moins cher, environ, qu’une voiture d’occasion bon marché.

« Nous sommes numéro un en Afrique. Tous les ans, nous vendons 400.000 motos au Nigeria, 100.000 en Ouganda, et 100.000 en Angola! » Et de remarquer que le pouvoir d’achat des 40 millions de Sud-Africains noirs est supérieur à celui des 20 millions d’Angolais.

« Il y a un énorme potentiel pour les gens qui vivent dans les townships », insiste-t-il. Après tout, moins de 10% des Noirs (qui constituent 80% de la population) possèdent une voiture en Afrique du Sud, contre plus de 60% des Blancs.

Pour investir ce marché encore vierge, Bajaj vient pour commencer d’ouvrir quatre points de vente dans des townships de la région de Johannesburg, et veut en ajouter sept ou huit dans les prochains mois.

« Nous allons ouvrir une concession dans les règles de l’art à Soweto d’ici la mi-juillet », note en particulier M. Patni.

« Partout en Afrique, les motos sont un moyen de transport. Elles se vendent comme des petits pains », remarque Quinton Prinsloo, responsable des ventes de l’importateur Southern African Motorcyles (SAM).

Vite amortie

« Mais ça ne marche pas ici: les motos sont considérées comme un jouet, un luxe. Elles ne sont pas vues comme un moyen de transport », constate-t-il, reconnaissant lui-même ne pas être parvenu à en vendre aux habitants des townships.

De fait, les quelque 350.000 motos immatriculées en Afrique du Sud sont surtout des véhicules de loisir que l’on croise le week-end. Généralement pilotées par des Blancs.

« Il y a des Noirs qui ont des motos, par exemple à Soweto », remarque l’auteur de romans policiers Deon Meyer, un motard militant. « Mais pas comme moyen de transport pour aller au boulot! »

S’il trouve que l’initiative de Bajaj est « une excellente idée », l’écrivain constate qu’ »en Afrique du Sud, si vous possédez une voiture, vous êtes quelqu’un. Il n’a jamais été prestigieux de posséder une moto. Vous seriez vu comme un pauvre, un moins que rien! »

« Il faut considérer que les deux-roues sont généralement rejetés dans ce pays: les gens ne veulent pas être considérés comme pauvres », renchérit Mathetha Mokonyama, spécialiste des transports au Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR).

Le succès de Bajaj « dépendra de la façon dont ils vendront » les motos, juge-t-il. « S’ils vendent la mobilité et la liberté, ça peut marcher! »

Or, le groupe indien a visiblement décidé de faire l’article en parlant prix, et en offrant des leçons de conduite.

« La moto consomme peu, elle est garantie. C’est le moyen de transport le moins cher que vous puissiez trouver. C’est même moins cher que les transports publics pour quelqu’un qui n’a pas de voiture », vante Abu Daya, le nouveau concessionnaire d’Alexandra.

Les habitants de cette township de Johannesburg sont certes pauvres, mais un taxi collectif leur coûte 11 rands (1 euro) pour aller travailler au centre de Johannesburg, et 8,50 rands pour Sandton, le quartier des affaires de la métropole sud-africaine. Une moto serait donc vite amortie, selon lui.

M. Daya dit en avoir vendu deux en deux mois. « C’est juste un début! »

Signature : Jean LIOU JOHANNESBURG (AFP)

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